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Comment le pays des Droits de l’Homme abandonne ses interprètes afghans 

150 traducteurs afghans ayant appuyé les armées françaises sont aujourd’hui en danger de mort imminente. Traqués par l’Etat Islamique et par Al-Qaïda, nous ne pouvons les ignorer.
Un édito de Jean-Paul Ney

C’est avec grand désarroi mais avec conviction que nous dédions cet édito à ces auxiliaires de l’armée française qui risquent aujourd’hui la torture et la mort en Afghanistan pour avoir servi la France et ses armées entre 2001 et 2014. En effet, le mardi 10 janvier dernier, une vingtaine d’anciens interprètes ayant travaillé pour nos armées en Afghanistan s’étaient rassemblés devant les Invalides à Paris. Ces vingt hommes ont risqué leur vie chaque jour auprès de leurs frères d’armes français, ils sont réfugiés en France et s’inquiètent pour leurs collègues restés dans leur pays d’origine. Ces traducteurs ne demandent au gouvernement français qu’une seule chose : sauver la vie en offrant l’asile à leurs collègues restés là-bas car même les autorités locales ne peuvent les protéger, et surtout l’Afghanistan ne reconnait aucun statut particulier à ces hommes qui ont directement signé avec l’armée française.

Demandes bloquées

Sur 770 Afghans ayant travaillé pour l’armée française, ils ne sont donc que 175 dont 350 membres de leurs familles à s’être vu offrir le précieux sésame, mais 150 autres qui sont demandeurs d’asile sont à ce jour bloqués en Afghanistan et vivent sous la peur depuis 2015, date du départ de la coalition internationale. Ces interprètes risquent leur vie car les djihadistes d’Al-Qaïda et de l’Etat Islamique les recherchent activement. C’est Ahmad Fawad Babakarkhil, 35 ans, qui demande, voire supplie à la France « qu’elle accorde protection aux hommes qui l’ont servie », autour de lui, tous sont membres de l’Association des anciens interprètes afghans de l’Armée française. Un symbole, des mots justes – et beaucoup de respect pour la France et ses armées – sortent de la bouche des afghans présents dans le froid parisien.

« Des nouveaux harkis »

Trois jours après ces demandes publiques, la réponse du ministère de la Défense tombe : c’est non pour ceux qui sont restés au pays, aucun visa ne sera délivré. Une mystérieuse source (sans doute en service commandé) s’épanche dans la presse : « L’examen a été fait au cas par cas, et la décision de relocaliser ou non les ex-interprètes a été prise sur la base d’un avis raisonné, motivé du ministère de la Défense ». Circulez ! l’affaire est close ! Félicitations monsieur Le Drian, vous avez crée de nouveaux harkis, leurs douleurs et leur mort seront sur votre conscience et la honte sur l’ensemble du corps militaire français. Je précise bien que cette page ne reflète pas l’opinion de mon média ou de mon employeur, je suis fils d’ancien combattant en Algérie et depuis ma tendre enfance ce papa m’a appris l’honneur de ne jamais abandonner un ami, un frère dans la détresse. Petit je voyais rager et pleurer mon père à chaque reportage ou documentaire télévisé sur les harkis, il disait « quelle honte la France, elle les a abandonnés comme des chiens, ils ont été violés, tués, égorgés, leurs familles assassinées sous leurs yeux, une honte ». J’ai honte monsieur Le Drian, j’ai profondément honte de vous et de la France, dont l’honneur se couche dans le caniveau de la bêtise politico-militante.

« Harki », pour moi ce mot évoque le sacrifice de ces hommes qui ont eu le courage de défendre nos valeurs face à la barbarie, mais cette-fois ci, monsieur l’ex-Ministre de la Défense Le Drian, les barbares sont au gouvernement, ils apposent le tampon « refusé » sur un visa, et signent ainsi l’arrêt de mort de gens que je considère plus français que ceux qui les condamnent à mort et dont vous, monsieur le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, faites inexorablement partie. Je vous demande en tant que citoyen français et reporter – ayant perdu des amis guides et fixers tués par les djihadistes en Libye et au Moyen-Orient – de surseoir à votre décision et de faire rentrer tout le monde à la maison. Vous en avez techniquement le pouvoir, surtout au poste que vous occupez aujourd’hui.

Au moment où publions cet article, nous n’avons plus de nouvelles de la dizaine de traducteurs afghans qui ont quitté leur pays, il y a cinq mois, pour prendre la route de l’exil et échapper à une mort certaine, je ne vous félicite pas monsieur le Ministre.

Pour les soutenir, vous pouvez contacter l’association sur Facebook.

 

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