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Reload: Mythes et légendes de Hessel

Une fois de plus, certains journalistes publient des légendes virales, sans vérifier l'origine de l'information. Voici comment Stéphane Hessel à joué sur les mots pour conquérir la presse militante de gauche.

Cet article fut initialement publié le 13 février 2012. Stéphane Hessel qui nous a quitté il y a déjà un bout de temps avait lu l’article, il avait alors refusé de le commenter et avait choisi la fuite. Alors voici comment la presse parisienne militante a construit un mythe, une légende, basée sur un titre et des fonctions totalement fausses. Nous avons vérifié, nous avons publié, voici le papier avec les liens corrigés et quelques informations supplémentaires. Absolument tout est vérifiable !

« Je n’ai pas rédigé la Déclaration des Droits de l’Homme »

Tout avait commencé en lisant notre revue de presse du matin. Nous étions alors tombés sur un article bien complaisant à l’égard de Stéphane Hessel. Sous la plume de Jean-François Arnaud de Challenges, une fois de plus, nous apprenions que Stéphane Hessel serait « diplomate, écrivain, poète, résistant et déporté, co-rédacteur de la déclaration des Droits de l’Homme ».

Notre ligne éditoriale ne se borne pas qu’à dénoncer les contre-vérités, elle insiste aussi sur la malhonnêteté de certains journalistes devenus plus que fainéants (ou complaisants) depuis l’avènement fabuleux d’Internet dans leur petite vie… de la profusion des dépêches d’agences, on copie, on colle sans vérifier… Cette enquête avait suscité le mépris de la part de confrères journalistes aveuglés par leur idéologie et leur militantisme politique: On ne touche pas à Hessel. Pourtant, en 2013, un ancien patron de l’AFP reconnaitra « la frénésie des médias » et la « légende entretenue par les médias » dans un article… du Monde.

Une fois de plus, nous surprenions Rue89 (avalé par l’Obs depuis) à faire du militantisme et du faux sous les plumes de Chloé Leprince et Pascal Riché, avec cette interview phare. Même titre bidon dans les lignes :  « La dignité est un terme intéressant. Il figure dans l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme (dont Hessel était l’un des rédacteurs, ndlr) ». Après la diffusion massive de cette petite enquête via email et par la magie des réseaux sociaux, le « toujours indisponible (au téléphone) Pascal Riché, face à l’évidence, corrige son papelard et écrit: « l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme [à la rédaction de laquelle Hessel a assisté, ndlr] ». A assisté ? dans le couloir ? Que veut dire « assister » ? On vérifie l’info, on publie ce papier et Hessel est dégradé par Riché… Mais pépé Hessel est encore plein de surprises…

En attendant, Pascal Riché ne ferait-il pas mieux de réviser ses classiques du journalisme et de mieux les inculquer à ses pigistes-militants ? La question se pose, même si elle fâche, il en va de la crédibilité de la profession. Ne confondons pas militantisme politique et journalisme, par pitié, surtout en ces temps bien rudes. Nous ne sommes pas le « decodex » du Monde et encore moins Arrêt sur Images, nous sommes simplement journalistes et l’ensemble du spectre politique est sous notre surveillance, pas de copinages, que des sources.

Témoin, assistant, mais pas rédacteur

L’information commençait alors à remonter, le vieux pépé indigné sentant alors qu’il serait bon pour son image de corriger lui-même l’information, et par-là, de faire porter le chapeau… aux journalistes ! comme il l’affirme dans Politis (papier payant) : « L’autre erreur est de m’accorder le rôle de co-rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. » Bien joué pépé ! qui pourra dire que nous sommes des enfoirés ?

Au final, la presse alignée sur le gauchisme en soutenant les indignés et leur icône, tremble à la sortie du papier (qui tourne dans toutes les rédactions parisiennes) et fait passer le mot à ses journalistes : Hessel va passer de « rédacteur (plein) » à « co-rédacteur ». Stéphane Hessel corrige lui-même le tir, une fois de plus, et se lâche dans un article du centre d’actualités de l’ONU, en avouant lui-même ne pas avoir posé un seul mot, était-il donc juste qu’un observateur ? un figurant ? Un porte-serviettes ? Voici ce qu’il raconte aux confrères journalistes de l’ONU :

« Au cours des trois années, 1946, 1947, 1948, il y a eu une série de réunions, certaines faciles et d’autres plus difficiles. J’assistais aux séances et j’écoutais ce qu’on disait mais je n’ai pas rédigé la Déclaration. J’ai été témoin de cette période exceptionnelle »

Dans notre profession il est plus que conseillé de « multi-sourcer » les informations, ce qui veut dire d’aller chercher ailleurs par soi-même.

Nous avons donc contacté le Ministère des Affaires étrangères. Au téléphone une personne nous confirme la réalité légale des choses (la seule qui compte): Le MAE fut l’employeur de Stéphane Hessel, ancien diplomate, il est donc à même de pouvoir nous infirmer ou de confirmer cette information abracadabrantesque. Une première réponse tombe « Non, monsieur Hessel n’est pas rédacteur, ni co-rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. » Mais quelques minutes plus tard, suite à un coup de fil de la cellule communication du Quai d’Orsay, un chargé de communication nous précise une réponse plus officielle: « En tant que diplomate membre de la délégation française auprès des Nations Unies à compter de janvier 1946, monsieur Stéphane Hessel, de part ses fonctions a eu à connaitre l’élaboration de la déclaration signée en 1948. » Réponse langue de bois et botte en touche pour les ex-employeurs de Stéphane Hessel, surtout face à ses propres déclarations. Vous remarquerez l’évasive gogo-gadget-o-phrase : « a eu à connaitre l’élaboration blabla blabla bla »… C’est du lourd, nous vous avions prévenus, chez LeWeek, c’est 20 ans d’expérience du journalisme, que ça plaise ou non, on recharge, on vise et on tire, de temps en temps ça fait du bien à la grosse machine militante qu’est devenu le journalisme en France. La neutralité et l’équilibre des forces passe AUSSI par des journalistes qui jettent leur grain de sable dans la machine infernale, qui boxent à gauche et à droite.

Continuons: Notre troisième source nous rapporte un lien, toujours sur le site du Ministère des Affaires étrangères, ce document précise que « René Cassin (l’un des auteurs de la Déclaration) était assisté, notamment, de Stéphane Hessel, diplomate qui a achevé sa carrière comme Ambassadeur de France. »

Quand on est journaliste, on cherche à savoir QUI sont in fine, les rédacteurs de cette fichue déclaration, il suffit de se rendre sur le site Internet de l’ONU, tout y est :

« La Commission des droits de l’homme comprenait 18 membres de divers horizons politiques, culturels et religieux. Eleanor Roosevelt,  la veuve du Président américain Franklin D. Roosevelt, présida le comité de rédaction de la DUDH. A ses côtés se trouvaient le Français René Cassin, qui écrivit le premier texte de la Déclaration, le Rapporteur du comité, le Libanais Charles Malik, le Vice-Président Peng Chung Chang de la Chine, et John Humphrey du Canada, Directeur de la Division des droits de l’homme des Nations Unies, qui prépara le premier plan de la Déclaration. »

Dans cette liste point de Stéphane Hessel, aucune mention sur l’indigné de service. Alors Hessel était-il un usurpateur ? Aurait-il volé la vedette à René Cassin alors qu’il n’était que son simple assistant ? Il est intéressant de noter que Stéphane Hessel ne fait jamais presque jamais ou peu référence à ce grand monsieur que fut René Cassin.

Enfin, à l’AFP, correction oblige, même si la pilule est difficile à avaler pour certains journalistes-militants qui soutiennent le mensonge, on nous le fait savoir clairement: « Stéphane Hessel ne figure pas dans la liste officielle des rédacteurs de la Déclaration publiée par l’ONU. » Depuis, ce beau matin, les dépêches sont corrigées.

Meaculpa timide de la caste parisienne

L’AFP corrige, les anciens de l’AFP critiquent la presse et leurs clients (les journalistes) après le décès de Hessel (le 26 février 2013). Personnage pré-fabriqué, Hessel avait-il d’autres secrets inavouables ? s’était-il construit une carrière ? était-il une imposture ?

Dans un papier du Monde, que nous vous recommandons à la suite de la lecture de cette enquête basique de journalisme, Claude Moisy, journaliste, ancien PDG de l’AFP explique clairement: « Nous avons une fois de plus la démonstration de l’inconséquence avec laquelle les médias imposent à l’opinion publique une vision illusoire de l’Histoire autour de héros populaires rendus plus séduisants encore qu’ils ne le sont en réalité. »

Qui va hurler au « complot droitiste » ? Mettout de l’Express ? Senecat du Decodex ? Haski de Rue89 ? La liste est longue, le cirque est grand.

Cet article PEUT être utilisé librement dans les études de cas en école de journalisme !

Photo: DR
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