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Au cœur du contre-terrorisme

En France, ils sont des milliers de policiers dont le but chaque matin est de prévenir l’attentat du soir, ou d’enquêter sur celui de la veille. En toile de fond, d’excellents flics mais des politiques peu courageux.

Le 11 septembre 2001, les Kouachi avant 2015, la vidéo des assassinats de Merah, avec le RAID, le GIGN et les forces spéciales mais aussi sur les routes du contre-terrorisme aux Etats-Unis, au Moyen-Orient, en Afrique, puis les attentats en France. Publier un maximum d’information vérifiée en équilibrant le curseur entre droit à l’information et sécurité nationale: Pendant 10 ans, le reporter et réalisateur Jean-Paul Ney a discrètement suivi et tissé des liens très étroits avec les limiers du contre-terrorisme. Gravement menacé, placé sous protection policière après avoir révélé l’identité de l’égorgeur français de Daech, il nous livre ici un extrait de son enquête à paraître prochainement.

Le GAO, groupe d’appui opérationnel de la DGSI / SDAT (sous-direction de l’antiterrorisme) reste toujours plus discret et plus rapide à activer qu’un groupe d’intervention (RAID, BRI), ce sont les Jack Bauer du rens intérieur, disponibles H24. (Photo JPN)

Tout est une question de curseur. Imaginez une ligne, elle représente le degré de l’information publiable, de chaque côté des indicateurs : à droite la sûreté de l’Etat et à gauche le droit à l’information. Quand on se plonge dans le monde sombre de ceux qui tentent de prévenir et de déjouer les attentats, il n’y a aucun droit à l’erreur, le curseur doit être mobile et positionné de telle sorte à ne gêner personne, à ne corrompre aucune information, à protéger mes sources et à surtout être juste avec les lecteurs en leur apportant l’information la plus honnête possible. Dans mon métier, celui de l’investigation, on ne recherche jamais le scoop pour le scoop, je ne suis pas un paparazzi, je suis un anthropologue du terrorisme et de la sécurité, parce que dans une démocratie le droit de savoir peut s’équilibrer avec le devoir de sécurité, s’il est expliqué par des reporters spécialisés capables de faire la part des choses : ni communication institutionnelle ni information politique. Plongeons-nous au cœur du contre-terrorisme, une science jeune et terriblement efficace quand elle est employée avec les moyens nécessaires et le courage qui en dépend.

« Entrainement difficile, guerre facile » aiment à répéter les hommes et femmes du GAO, leur métier: l’action discrète, l’escorte, les interpellations éclair, la surveillance, l’effraction, et la pose de capteurs discrets… (Photo JPN)

Ennemi public N°1

Nous sommes en février 2015, la photo de monsieur K (depuis son identité a été rendue publique) est apposée à gauche de la fiche « DIFFUSION URGENTE », légère barbe de quelques jours, cou de rugbyman, depuis plusieurs semaines toutes les polices de France recherchent activement monsieur K, un « individu extrêmement dangereux susceptible de se déplacer avec une arme ». Ce natif de Courbevoie est recherché pour « association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme ». Mon contact reprend la fiche de recherche et lance « on est sur les dents, je ne te donnerai rien de plus. Des Merah, des Kouachi, des Abaaoud, il y en a des centaines, des milliers en France, du simple soutien moral ils peuvent basculer en quelques minutes et devenir des meurtriers en puissance. On bosse, on bosse dur très dur, les français doivent savoir qu’on travaille pour leur sécurité, mais parfois avec des patrons peu courageux, des politiques pétrifiés et un renseignement en ruine, et je vais éviter d’évoquer les moyens… Alors quand je lis les portraits flatteurs du proc Molins dans la presse, et de ces anciens qui se pavanent à la télévision je vois rouge, cette année va être très difficile » et mon contact d’évoquer les « dormants », ces cellules prêtes à frapper cette année, n’ayons pas peur des mots : l’ennemi est parmi nous, à l’intérieur.

Antiterrorisme et contre-terrorisme

« J’ai fait placarder la tronche de Khaled Kelkal dans toute la France ».

Khaled Kelkal, le poseur des bombes des attentats en 1995. Se sentant traqué, à la suite de la diffusion publique de son visage, Kelkal ne posera plus aucune bombe, vivra dans les bois et sera abattu par les gendarmes de l’EPIGN. (Archives JPN/CIRET).

« Tu vois, l’antiterrorisme c’est une fois que la bombe a pété, le contre-terrorisme c’est tout faire pour qu’elle ne pète pas » me dit en tirant sur sa cigarette ce vieux flic qui traque les terrorismes bien avant septembre 2001 : « j’ai commencé avec les basques, puis les natios corses, et j’ai terminé dans la grande marmite de l’islamisme » dit Jacques (prénom d’emprunt, IE pour identité d’emprunt par opposition à l’IR, l’identité réelle, nda), son truc à lui a été de traquer Khaled Kelkal, chose que l’antiterrorisme ne savait pas faire à l’époque « on s’est mis à sa place, on a réfléchi comme lui. Au départ, l’idée avait germée qu’il pouvait circuler facilement, alors quand on a eu son identité, j’ai dit qu’on devait placarder sa tronche dans toute la France. » Résultat : 170.000 affiches signalétiques et un visage, celui du premier et plus jeune djihadiste de France. Il sera abattu par l’EPIGN, l’escadron de parachutistes du GIGN, seize jours plus tard alors qu’il avait sorti les armes face aux super-gendarmes. Mon enquête continue, nous sommes quelques années après la fusion RG-DST qui a donné naissance à la DCRI devenue depuis la DGSI, une direction générale donne plus de moyens, un service survitaminé censé prévenir les actes de terrorisme en France : « pendant des années à la DST et la défunte DNAT (Division nationale antiterroriste) nous avions trop bossé sur les corses, les basques et peu sur les islamistes, le souci est que seul quelques bons RG avaient une véritable connaissance des problèmes qui prenaient forme devant leurs yeux : les banlieues, l’islamisation à marche forcée, l’entrisme des frères musulmans… pour la DST ces affaires n’étaient pas reluisantes, le statut d’un bon gars de la DST c’était de traquer les espions, puis en 90-2000, traquer les hackers et les espions économiques pendant que les islamistes faisaient leur trou sous les yeux des RG dont on a ignoré les notes alarmantes » explique Olivier, un RG passé à la DST quelques jours après le 11 septembre 2001.

Novembre 2005, Clichy-sous-Bois, dans un véhicule avec les policiers des RG qui n’hésitent pas à pénétrer dans les coins les plus sensibles en banlieue parisienne pour y recueillir du renseignement sur les mouvements de casseurs. (Photo JPN).

Même refrain après les attentats de Mohamed Merah, même son de cloche : « En France, le contre-terrorisme on ne sait pas faire, c’est une réalité. La DGSI était censée apprendre à communiquer mais aussi à échanger, partager plus efficacement le rens entre nous, hors, tout est très cloisonné, personne ne partage son information, ce qui fait que deux services peuvent avoir du renseignement capital quand celui-ci est traité conjointement, pas séparément » des grands pontes du renseignement le disent : « le renseignement c’est le partage de l’information, le recoupement », en France, pas question de partager surtout pas à la DGSI. A l’aube du terrorisme protéiforme qui possède 45 minutes d’avance sur n’importe quel groupe d’intervention, il est préférable de faire savoir aux citoyens français que nos politiques ne donnent ni les moyens ni veulent changer cette culture héritée de la guerre Froide : les faits sont les faits, le cloisonnement tue, il est complice des terroristes. Mieux : si entre services on ne se tire pas dessus, on fait avec grand plaisir de la rétention d’information, comme quand cette équipe de gendarmes en charge de la cybercriminalité se retrouve humiliée et refoulée des locaux de la DGSI, la xénophobie existe aussi entre membres des forces de l’ordre, la culture du flic de père en fils ou des instructeurs des écoles de police est passée par là : « je ne file rien aux pandores, c’est comme ça » m’explique un petit flicard de la crime du 36… Les familles des victimes devraient réfléchir aux conséquences, la mort brutale d’un proche, mais aussi aux causes : la guerre des polices tue des innocents, surtout à ce haut-niveau de menaces, c’est une faille dont profitent les djihadistes, c’est une culture de la guérilla feutrée entre chevilles enflées et grosses têtes de l’antiterrorisme.

 Vous savez quoi sur lui ?

La carte d’identité de Said Kouachi diffusée par mes soins, une décision qui fera couler beaucoup d’encre pour rien, révéler ces identités était vital.

La scène est surréaliste, alors que j’enquête discrètement depuis le 11 septembre 2001 sur les services de renseignement et sur le contre-terrorisme en France (dans le cadre de cet article et d’un ouvrage qui paraîtra plus tard) je suis à mon tour menacé par des djihadistes français en Syrie – dont j’ai révélé publiquement les identité sur M6 – le policier en charge de ma plainte me reçoit visiblement gêné : « vous autorisez un de mes collègues qui travaille sur Abou Uthman à venir écouter votre déposition ? Il aura quelques questions à vous poser, en off, bien sûr… » Bon prince, j’accepte. Ce dernier m’explique : Il connait la dangerosité de ce franco-portugais de Champigny-sur-Marne parti en Syrie en 2013, mais ni la SDAT (sous-direction antiterroriste), ni la DGSI, ni les autres services ne veulent communiquer leurs informations sur le djihadiste ex-rappeur paumé devenu égorgeur et formateur des français en Syrie. Depuis nous savons qu’il a fréquenté Abdelhamid Abaoud, le cerveau des attentats de novembre 2015. Ce policier dépité, avait apprécié que je partage avec lui mes informations, fruit d’une longue enquête dans laquelle un journaliste portugais et une source à la DGSE m’ont beaucoup aidé. Je laisse décider au lecteur de la présente enquête s’il trouve cela normal que chacun garde ses petits secrets pour lui… « Merah, les Kouachi, Coulibaly et les équipes du 13 novembre, tout cela a été possible à cause de petits chefs pervers-narcissiques qui sont installés tant à la DGSI qu’à la SDAT sans parler de certains flics de la section antiterroriste de la brigade criminelle, ceux-là, ils se prennent pour des demi-dieux » explique dans un bistro irlandais non loin du « 36 » un policier dépité par tant d’indifférence alors que des vies se jouent sur les égos de flics carriéristes et politisés. « Ces petits chefs qui n’ont pas vu en Merah un dangereux manipulateur alors que tous les feux étaient au rouge » comme le dit un flic démissionnaire, sont ces mêmes chefs-poulets de bas-étage qui avaient les identités des Kouachi et de Coulibaly et qui n’ont pas eu le courage de dire au autorités : « il faut diffuser l’appel à témoins massivement », alors que le passé à largement donné raison à ces appels à témoins publics dans les affaires de terrorisme et de tireurs fous. Jurisprudence, déjà, dans l’affaire Abdelhakim Dekhar, arrêté le 20 novembre 2013 pour tentatives d’assassinats à Libération, BFMTV et à La Défense. Ce dernier avait été appréhendé in-extremis alors qu’il tentait de se suicider dans sa voiture… Les fiches de recherche avaient été diffusées par votre serviteur, déjà à l’époque… les mêmes autorités, le même proc, les mêmes petits-chefs et le même manque de courage.

La fourmi et les antennes

En 2012, un « honorable correspondant » fait parvenir des photographies d’un groupe d’islamistes qui s’entrainent à la plongée dans une  zone reculée du sud de la France. Ils vont très rapidement être identifiés et placés sous surveillance. (Photo archives JPN).

Nous sommes quelques mois après l’affaire Merah, je suis en train de suivre discrètement une enquête, des flics qui observent et travaillent avec une autre équipe : la doc. Car la documentation est importante, et cette fois-ci la chance est au rendez-vous : des jeunes banlieusards, dont une partie d’entre eux sont fraichement convertis s’élancent sur les routes pour un petit tour de France un peu particulier : ils militent discrètement et rencontrent de visu des sympathisants de la cause islamiste armée, Internet étant devenu trop surveillé selon eux, c’est ce qui ressort des écoutes. Alors qu’ils sont pistés dans des stands de tir, dans des salles de sport et jusque dans les bois ou ils s’entrainent armés de lanceurs de paint-ball. Des photos tombent : Un honorable correspondant a fait parvenir à son officier traitant des clichés très particuliers : On peut y voir notre petit groupe s’adonner aux joies de la plongée sous-marine sur les côtes françaises. Longues barbes et un peu enrobés, les jeunes djihadistes sont bien équipés, les policiers sourient en les voyant passer leur djellaba sur les combinaisons de plongée en néoprène. Le photographe, un honorable correspondant, a eu le réflexe de faire remonter ces clichés à Paris, ils intéressent le groupe qui fait rapidement le lien suite à une note de la DGSE : Al-Qaïda chercherait à commettre des attentats avec l’appui de plongeurs, une affaire sérieuse. L’enquête avance : leurs appartements sont sonorisés, leurs véhicules aussi et les téléphones sont tous écoutés. Les apprentis-djihadistes-plongeurs seront suivis à la trace, le tout sous la supervision d’un juge antiterroriste, la confidence tombera alors que nous nous quittons : « Tu vois, c’est le partage de l’information, entre ma source à la DGSE et notre photographe civil, ce partage a fait toute la différence » insiste Douban. Efficaces, propres, les petites fourmis du contre-terrorisme ont rarement une vie de famille, beaucoup sont seules, accompagnées d’une armada de matériel hi-tech et de leurs antennes qui font souvent défaut : « priorité à l’urgence, même pour ça on doit faire du pied et des mains, alors parfois on emprunte du matos à d’autres services, entre copains flics, on se prête des traceurs GPS, du petit matos utile, explique Bingo, le corse passé aux islamistes depuis sept ans, j’emprunte surtout aux stups, ils ont pas mal de matos, j’ai des vies à sauver, nos patrons nous couvrent très souvent, on va dire que c’est toléré… » Pourtant tout à une limite humaine : pour bien surveiller une seule cible il faut entre 5 et 8 policiers à plein temps…

Très peu de policiers savent faire du contre-terrorisme, ils le confirment eux-mêmes, c’est toute une idéologie qu’il va falloir abattre sous peine de ne jamais voir venir les coups, comme me l’explique Yves Bonnet, ancien patron de la DST sous Mitterrand : « le contre-terrorisme c’est de l’anticipation qui vise à détecter, évaluer et neutraliser les menaces pesant sur la sécurité nationale, on va chercher à se mettre dans la pensée terroriste, mais pour ça il faut de la matière grise et des moyens, beaucoup de moyens, c’est le prix à payer. » Alors que je boxe un soir avec nos anges gardiens, l’un d’eux répondra à ma question « c’est quoi pour toi le contre-terrorisme ? » enfilant ses gants et montant sur le ring, il éructe à travers son protège-dents : « l’antiterrorisme c’est l’analyse après le combat, ça c’est facile, sauf qu’aujourd’hui ont fait du contre-terrorisme en montant sur le ring avec les yeux bandés, certains arrivent à parer les coups, mais c’est de la chance. »

« Ce soir à Paris Allah ! »

En France, des dizaines d’inscriptions de ce type seront photographiées par les polices, gendarmeries et même des citoyens, ici l’une des plus célèbres qui a circulé sur les réseaux sociaux: les experts de la DGSI déclareront que cette photo n’a pas été prise en France. Un demi-soulagement en forme d’avertissement. (Archives JPN).

Nous sommes quelques jours après les attentats du 13 novembre à Paris, l’un de mes contacts policiers me fait savoir qu’il a une information importante à me transmette, il me précise bien : « faut que ça bouge, personne n’a pris en compte la menace là-haut (à Paris, nda), je te donne l’information, vérifie de ton côté ». Tout commence le 13 novembre 2015, quelques heures avant les attentats de Paris, au pied d’un hôpital non loin de Bordeaux, Henri (prénom d’emprunt) est en train de fumer sa cigarette, la conversation d’un groupe d’hommes non loin de lui attire son attention, ils parlent arabe mais ne se doutent pas que Henri, le flic, est bilingue arabisant. Le petit groupe parle peu  « pas de téléphone, pas de messages » puis les trois hommes se tapent dans les mains « ce soir à Paris Allah ! ». Le policier consciencieux, mais pourtant fatigué et malade, va appeler police secours, ses collègues lui demandent de passer déposer une main courante. Affaiblit, il explique, mais personne ne l’écoute. Il reste chez lui se reposer, la suite nous la connaissons tous. Lui aussi voit les images incroyables des attentats au cœur de Paris ce soir du 13 novembre 2015. Il se sent très mal, coupable au plus profond de lui n’arrivant pas à extraire encore aujourd’hui cette culpabilité : Il est sous le choc. Le lendemain, le 14 novembre, il doit retourner à l’hôpital pour des examens. Pourtant, la scène de la veille va se reproduire encore sous ses yeux : Vers midi, le policier aperçoit à nouveau le groupe d’hommes mais cette fois-ci avec une femme voilée, le même homme qui parlait le matin du 13 explique : « Laisse ici dormir pour le mois, le mois prochain c’est Bordeaux, c’est préfecture, palais de justice, Sainte Catherine (une rue piétonne commerçante de Bordeaux, nda), et un consulat ». Ce dernier déplie un papier qu’il demande aux autres de bruler (voir le rapport original).  Je commence donc à enquêter sur cette main courante, est-elle remontée ? A-t-elle été prise en compte ? D’autant que le coin est très surveillé en ce moment par la DGSI locale, celle de Toulouse, celle de l’échec Merah. « Rien, j’ai rien dans mes radars, pas la moindre note, pas la moindre main courante » me dit un fonctionnaire du ministère de l’intérieur, assez haut placé pour avoir accès à ce genre d’information. « Tu peux leur transmettre ? » demandais-je un brin naïf, « Tu plaisantes ? A la DGSI ou la PJ, je ne peux pas, je sais que toi tu vas chercher, fais-le, ça fera sonner les clochettes ». Quelques heures plus tard, à pied, je suis promené dans un quartier entier de Paris pour finalement revenir sur mes pas, je vais rencontrer mon correspondant « officiel » de la DGSI, il aime me faire marcher, histoire de casser une éventuelle filature. Les DGSI vont toujours par deux, en tout cas ceux qui sont visibles… Cette fois-ci il me présente un de ses collègues, nous sommes accoudés au bar d’un hôtel calme. Ils me rassurent, l’info a très bien été prise en compte… depuis que j’ai transmis la main courante avec des questions à la DGSI… « C’est passé en PJ, ils s’en occupent, c’est remonté par un autre canal et c’est descendu de très haut ». Je n’en saurais pas plus, enfin, pour l’instant… Juppé et les bordelais peut dormir sur ses deux oreilles.

Vigipirate, piraté ?

La DGSI dispose des outils les plus modernes, mais cette image viendra d’un autre service de renseignement. Après Merah et surtout quelques semaines après Charlie, les services français ont du apprendre à partager le renseignement. (Archives JPN).

Ce calme matin d’hiver ne l’est que d’apparence : Alors que l’état d’urgence est en vigueur, j’apprends de plusieurs sources qu’un colis à destination des militaires de Vigipirate a été volé pendant sa distribution dans le réseau postal. Sensible, le contenu du colis se composait de stickers de flocage pour l’identification des véhicules de la mission Sentinelle en appui de Vigipirate. Je croise le groupe qui a reçu l’info, ils ont une autre information, provenant cette fois-ci d’une source civile : Une semaine avant ce vol, deux hommes ont tenté d’acheter six tenues complètes militaires dans un surplus parisien. La carte bancaire de ces derniers a été refusée par le terminal, ils ont rapidement quitté les lieux. Deux informations, deux renseignements, qui rassemblées donnent un aperçu de la menace : « trois véhicules blancs signés Vigipirate, deux terroristes dans chaque véhicule et trois « cibles molles » pour un carnage réussi. « On pense à une gare, un aéroport, un centre commercial ou des cibles religieuses, maintenant on sait, on s’y prépare et nous serons prêts, nous n’avons pas le droit d’échouer, le fait que certains journalistes responsables rendent ces informations publiques ça fout la pression aux politiques et du coup, nous opérationnels, on nous écoute beaucoup plus, je trouve dommage d’en arriver là, mais nous sommes en démocratie, il faut accepter LA règle du jeu » explique ce policier de la PJ.

Mon enquête continue. « Nous n’avons pas su prendre la mesure de ce phénomène. Dans le terrorisme rien n’est accidentel, le 11 septembre n’est pas un accident de l’histoire. Il y a comme une sorte de logique, a présent il va falloir prendre à bras le corps un phénomène social, l’intégration, l’immigration, la solidarité et surtout : l’ordre et la justice. Encore un matin, encore des dizaines de questions à mes interviews et une réponse qui ouvre l’esprit :  « On est des sismologues, on détecte les signaux de basse intensité, on a une activité permanente, des réseaux qui s’activent, des gens qui font des faux papiers, des trafics, c’est ça qui peut être le signe précurseur de quelque chose qui se prépare. On est sur la brèche, et on n’est pas sorti du tunnel… » Jean-Louis Bruguière, l’ancien juge antiterroriste me regarde, il demande à ce que nous coupions la caméra. Tout ne doit pas être rendu public, le strict nécessaire, le droit à l’information, l’avertissement, et à ce niveau, la presse a un rôle à jouer, un rôle au service de ses lecteurs, au service des citoyens de ce pays, non pas au service d’un groupe d’influence ou d’une petite meute politique.

En attentant, monsieur K cours toujours, toutes les polices contre-terroristes de France à ses trousses, le groupe 132 de la DGSI veille et tous les flics de France avec.

Quelques temps plus tard, Reda Kriket, alias monsieur K, sera arrêté par la DGSI à Argenteuil. L’arsenal découvert fait penser qu’une action de grande ampleur était préparation.

« Parfois on a besoin d’un coup de pouce des médias, comme sur les Kouachi par exemple, là ce n’était pas le cas, voilà pourquoi les feux étaient au rouge: nous l’avions déjà localisé, il devait se sentir à l’aise et non recherché pour qu’il nous mène à ses complices et ses planques ».

C’est noté sur mon carnet.

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